Parlons peu parlons Science

Antoine : spécialisé en biomécanique des plantes

vendredi 4 novembre 2016 par Rédaction de Parlons peu parlons Science

Profil : Bérut Antoine – Post-doc en biomécanique des plantes – Laboratoire IUSTI (UMR CNRS 7343)
Twitter : @a_berut

Curiosités scientifiques

1. Quel sujet étudiez-vous ?

Je travaille actuellement dans le cadre d’un projet financé par l’European Research Council (ERC) sur des questions de gravitropisme chez les plantes (le projet Plantmove). C’est une collaboration avec des chercheurs de l’INRA (laboratoire PIAF de Clermont-Ferrand).

Alors le gravitropisme, c’est quoi ?

C’est le fait que les plantes sont capables de sentir la gravité pour s’orienter lors de leur croissance. En effet, les plantes se servent de la gravité pour pousser dans la « bonne » direction. Par exemple, pour les graines qui sont enterrées, il est nécessaire que le germe s’oriente vers le haut s’il veut atteindre la surface (en revanche, les racines ont plutôt intérêt à pousser vers le bas pour s’enfoncer dans la terre). Évidemment, ce n’est pas la seule chose que les plantes sont capables de sentir, par exemple elles sont aussi sensibles à la lumière et s’orientent en général vers les zones les plus éclairées pour favoriser la photosynthèse (c’est le phototropisme).

Les biologistes savent depuis longtemps que des petites particules d’amidon, appelées « statolithes », sédimentent dans certaines cellules de plantes, appelées « statocytes » [1].
Il est admis que ces particules sont impliquées dans la détection de la gravité par les plantes, mais les détails exacts du mécanisme sont encore inconnus, et plusieurs hypothèses sont en compétition.

Notre approche consiste à essayer de faire des mesures (bio)physiques pour essayer d’aider à faire du tri parmi les différentes hypothèses. En pratique, la partie du projet à laquelle je participe consiste à développer un système « biomimétique », constitué d’une cellule micro-fluidique dans laquelle on introduit des billes de verre de la même taille que les statolithes (quelques microns seulement). L’idée est qu’on peut ainsi avoir un système physique, où tous les paramètres sont contrôlés, et qu’on peut comparer directement à des mesures faites sur de vraies plantes.


Observation au microscope (x40) d’une coupe de germe de blé où l’on voit une cellule contenant des statolithes.


Observation au microscope (x40) d’une cellule de PDMS contenant des microbilles de silice.

2. Quels sont les enjeux impliqués (sociaux, politiques, économiques, scientifiques) à ces recherches ?

C’est un projet de recherche plus fondamentale qu’appliquée, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de retombées directes en dehors de faire progresser la compréhension que l’on a des phénomènes naturels. On peut quand même penser qu’une meilleure compréhension des mécanismes de perception chez les plantes pourra être utile pour l’agriculture par exemple.

Envie d’en savoir plus

3. Pourriez-vous décrire brièvement votre parcours ?

Après le bac, j’ai fait une classe préparatoire scientifique « physique chimie » (PCSI et PC) à Paris. J’ai ensuite intégré l’ENS Lyon où j’ai fait une licence, puis un master de physique. Comme dans la plupart des cursus scientifiques, j’ai eu l’opportunité de faire plusieurs stages de recherche (en France et à l’étranger), qui m’ont donné envie de continuer et de faire une thèse. J’ai donc fait ma thèse au laboratoire de physique de l’ENS de Lyon, sur des questions de physique statistique hors d’équilibre, et je suis maintenant en post-doctorat (chercheur contractuel) à Marseille.

4. Pouvez-vous décrire une journée « type » de votre travail ?

Une des choses qui me plaisent dans la recherche, est justement qu’il n’y a pas vraiment de « journée type ». Selon les périodes, on peut faire des choses très différentes.

Par exemple, quand je suis arrivé en post-doc, il fallait développer un nouveau système, donc c’était beaucoup de « bricolage », j’ai dû faire de la bibliographie, mais j’ai aussi appris à me servir d’une découpeuse laser, j’ai fait de la lithographie, etc. (il est assez fréquent de fabriquer des prototypes pour des petites expériences avant de faire un montage « propre »).

Ensuite, une fois que la problématique était bien définie et que le système était opérationnel, il a fallu répéter plusieurs fois les expériences pour accumuler des données. Cela veut parfois dire « passer sa journée à découper des germes de blé avec une lame de rasoir pour les observer au microscope ».

En été il est fréquent qu’il y ait de grandes conférences scientifiques, où l’on va pour suivre des présentations de confrères pendant une semaine entière (c’est souvent l’occasion de présenter ses résultats et de discuter avec la communauté !).

Enfin, en ce moment nous rédigeons un article scientifique, ça veut dire que je passe surtout mes journées derrière mon écran à rédiger, tracer des graphiques et lire des références bibliographiques en lien avec notre étude.

5. Un livre à conseiller aux curieux de votre thématique ?

Malheureusement non, je peux donner des références d’articles scientifiques (qui sont plus ou moins faciles à lire, et toujours en anglais), mais je ne connais pas de livres sur les questions de biomécanique des plantes… (en revanche, on peut sûrement trouver des jolies vidéos en cherchant « plant slow motion » sur internet !)

6. Contribuez-vous d’une quelconque façon à la promulgation de la Science en dehors de votre travail ?

Parfois je réponds à des questionnaires pour des sites internet…

Plus sérieusement, j’ai tenu un stand à la fête de la Science chaque année de ma thèse (et je trouve que c’est une excellente initiative pour les scolaires et le grand public).

Je suis aussi intervenu sur le super compte Twitter @EnDirectDuLabo (le storify est ici : https://storify.com/EnDirectDuLabo/antoine). Et j’ai participé à quelques autres initiatives de promotion des sciences et de la démarche scientifique auprès de lycéens (comme le projet « Chain Reaction », ou un module de l’école doctorale de Lyon qui s’intitulait « accueillir un jeune dans son labo »). À chaque fois j’ai trouvé que c’était des projets très intéressants, mais il n’est pas toujours facile de se libérer du temps...

7. Une petite anecdote atypique pour nos lecteurs ?

Je ne bois pas de café, mais le cliché des chercheurs qui carburent au café est tellement ancré, que mon chef a mis au moins un mois avant d’arrêter de me proposer d’en boire un après le déjeuner !

[1M. Morita, Directional Gravity Sensing in Gravitropism, Annual Review of Plant Biology, Vol. 61 : 705-720 (June 2010).


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 353 / 166536

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Témoignages  Suivre la vie du site A la Recherche de..  Suivre la vie du site Biomécanique   ?

Site réalisé avec SPIP 3.2.0 + AHUNTSIC

Creative Commons License