Parlons peu parlons Science

L’atteinte du septième ciel

jeudi 13 octobre 2016 par Rédaction de Parlons peu parlons Science

Par Marion Guillaumin

Une forte montée du plaisir, une chaleur intense qui envahit tout votre être, les mains qui se crispent, à deux doigts de griffer votre partenaire, une folle envie de mordre l’oreiller, les paupières closes, la tête qui part en vrille, vos pensées hors de contrôle et un cri qui sort de nulle-part. Vous l’avez compris, c’est un orgasme.  

Mais comment ça se passe concrètement ?

Il est difficile pour une femme de décrire clairement ce qu’elle éprouve au cours de ce processus en raison d’un changement d’état de conscience. C’est seulement en 2004 que Meston a clairement défini l’orgasme féminin comme variable avec des pics transitoires de sensation de plaisir intense créant un état altéré de conscience, généralement accompagnée involontairement de contractions rythmiques des muscles striés vaginaux (périnée et plancher pelvien), utérins et anaux tout en induisant un état de bien-être et de contentement.

Concrètement, en 1966 Masters et Johnson (What ?! Vous n’avez pas vu la série Master of sex  ?!) ont déterminé les étapes de la réponse sexuelle : l’orgasme suit les phases d’excitation et de plateau avant une phase de résolution. Kaplan en 1979 a ajouté la notion de désir à leur modèle et présente alors la réponse sexuelle en trois phases (désir, excitation et orgasme) sous le contrôle de mécanismes neurophysiologiques. D’après les premiers auteurs, un orgasme féminin durerait entre 3 et 26 secondes mais peut persister jusqu’à deux minutes pour certaines. Les muscles vaginaux et utérins se contractent toutes les 0.8 secondes, et la femme subit une tachycardie, une hyperventilation, et des vocalisations involontaires. De quoi faire tourner la tête, effectivement. Les scientifiques précisent qu’il existe une forte variabilité inter-individuelle, sachant que différents sites génitaux induisent différents types d’orgasme (clitoridien, vaginal ou mixte). De plus, certaines femmes vivent plusieurs orgasmes lors d’un même rapport (entre 2 et 10 minutes d’intervalle) sachant qu’elles reviendraient à la phase plateau après chaque orgasme et n’atteindraient que l’étape de résolution après le dernier (Master & Johnson). De même, il existe une variabilité intra-individuelle puisque l’orgasme serait fonction de l’âge de la femme, du niveau de confort et d’énergie, du contexte environnemental, de l’estime de soi et bien évidemment de son partenaire !

Une étude en 2007 s’est intéressée aux contrôles du système nerveux somatique et autonome sur l’orgasme et a mis en évidence l’implication des réflexes neuro-musculaires. En effet, les contractions clitoridiennes seraient provoquées par la matière grise périaqueducales et la moelle épinière dans laquelle les nerfs pudentaux et pelviens se terminent. Au niveau du noyau paraventiculaire (intégrateur des systèmes endocriniens), le groupe de neurones ocytocinergiques facilite la fonction érectile et contraction musculaire. Les résultats de cette publication expriment également un taux élevé de proline (hormone d’attachement) durant environ soixante minutes chez la femme après l’orgasme, qui est alors un indice neuro-hormonal de satiété sexuelle mais qui est moins réfractaire que la prolactine qui fait perdre l’excitabilité de l’homme. Ce qui explique notre plus forte envie de remettre le couvert rapidement.

Cette étude n’a pas établi de lien entre la fréquence d’orgasmes et les fluctuations des taux d’androgènes dépendant du cycle menstruel, mais a montré une légère tendance à être plus élevée avant l’ovulation.

Bref, à quoi ça sert ?

L’orgasme féminin, bien qu’il soit plaisant, n’est pas fonctionnellement conçu pour la fécondation. Plusieurs hypothèses proposent que l’orgasme soit une adaptation. En effet, différents évolutionnistes appuient cette idée par le fait qu’il créé et maintient l’intimité du plaisir, favorise l’affiliation avec l’homme qui investit du temps pour l’autre, « motive » la femme à s’accoupler avec plusieurs hommes pour prévenir de l’infanticide et donc multiplier les chances de fécondation (qu’est-ce que vous croyez !?) et induisant la fatigue, l’orgasme impliquerait la position couchée et donc permettrait la conservation du sperme. D’ailleurs, en 1993, Ballis et Baker ont supposé que l’orgasme féminin joue un rôle dans la rétention du sperme. Dans son étude, Thornhil et son équipe ont montré qu’une femme a plus d’orgasmes durant la copulation avec un homme ayant de bons marqueurs (phénotypiques et génotypiques), favorisant le sperme de ce type d’homme. La femme manipule alors la compétition spermatique, ce qui serait le résultat de la polyandrie facultative.

De plus, l’ocytocine contrôle en douceur les contractions musculaires de l’utérus (comme durant l’accouchement) et pourrait jouer influer sur la rétention du sperme. Cette hormone favorise également l’affiliation conditionnelle et sélective avec le partenaire sexuel. La présence ou l’absence d’orgasme pourrait être la cause immédiate du choix du partenaire. Comme l’explique Sally à Harry, toutes les femmes ont simulé au moins une fois un orgasme ; révélateur de mauvais choix de partenaire ?

A noter :

Cet article est issu d’une chronique de 2015 où Marion parlait d’Amour, de tendresse, d’amants et de sentiments, sans oublier la Science.


titre documents joints

Thornhill 1995

13 octobre 2016
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1.4 Mo

Bianchi - Demicheli - 2007

13 octobre 2016
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1.8 Mo

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