Parlons peu parlons Science

La Lune, une croqueuse de couleurs

mercredi 7 septembre 2016 par Rédaction de Parlons peu parlons Science

Par Mathilde Monachon.

Saviez-vous que si vous laissez votre voiture dormir dehors et non dans le garage, la Lune la décolore ?! C’est tout du moins ce que le concessionnaire automobile m’a dit.

Curieuse et perplexe, j’ai fait des recherches afin de vérifier ses dires et, ni une ni deux, je peux vous expliquer comment Madame la Lune se débrouille pour grignoter notre carrosserie.

Mythes et légendes

Les mystères qui l’entourent remontent au Moyen-âge voire à l’Antiquité. Les soirs de pleine lune, mieux valait se cloîtrer chez soi, au risque de croiser de dangereux loups garous. Les croyances évoluent, changent, certaines disparaissent et laissent place à de nouvelles. Et parmi celles là, se trouve le bien fait d’étendre son linge un soir de pleine lune, pour que celui-ci blanchisse. C’est d’ailleurs ce que faisaient nos grands-mères et arrières grands-mères dans les campagnes.

Magie ? Légende ? Ou vérité scientifique ?

C’est grâce à une étude de Jean-Paul Parisot (1986), qui s’est penchée sur la composition de notre atmosphère, que l’on a pu comprendre ce phénomène.

Ce qu’il se passe pour de vrai

La Terre est entourée de différentes couches atmosphériques. La plus proche de la surface terrestre est la troposphère (i.e. où se déroulent les changements climatiques). Cette zone de 10 km d’altitude est le théâtre d’une multitude de réactions chimiques, donc certaines photochimiques (i.e. engendrées par la lumière du soleil). Celle qui nous intéresse ici est la dissolution de l’ozone O3 au niveau du sol terrestre.

Les rayons du Soleil (hν) vont interagir avec les molécules O3. Cela va rompre les liaisons qui maintennent les molécules d’oxygènes :

Ces atomes vont rapidement être transformés surtout en présence d’eau. Puisque notre atmosphère contient de l’eau, cette réaction est facilitée :

La molécule formée est de l’OH, un radical libre (i.e. espèce chimique très instable possédant un ou plusieurs électron(s) non apparié(s)) très réactif et qui va à son tour réagir pour former le peroxyde d’hydrogène H2O2 :

Il y a donc, tout autour de nous, une formation de peroxyde d’hydrogène constante.

Il est à noter qu’au cours de la journée, le Soleil contourne la Terre et qu’en fin de journée, il disparait petit à petit ; la dissociation de l’ozone diminue, entraînant la réduction de temps de formation des radicaux libres, à l’exception de H2O2. La nuit, il y a donc une chute de concentration de toutes les molécules sauf pour le peroxyde.

Au cours de la nuit

La nuit, ce n’est plus le Soleil mais la Lune qui nous éclaire. Pour des conditions optimales, c’est-à-dire un ciel dégagé et une forte fraicheur nocturne, une condensation se crée et se répand au sol : il s’agit de la rosée matinale. Cette rosée est plus ou moins importante en fonction des paramètres cités ci-dessus.

Les peroxydes formés vont alors s’intégrer dans la rosée. La rosée se dépose un peu partout, aussi bien sur l’herbe, que sur les draps en train de sécher que sur la voiture garée devant la maison. Les peroxydes contenus dans les gouttes de rosée vont se dissoudre.

Or, le peroxyde d’hydrogène est connu pour ses propriétés décolorantes. Nous l’utilisons même pour blondir nos poils !

Donc quand mamie laissait son linge dehors la nuit, il blanchissait. Et pour le métal de nos carrosseries, en plus des tôles en acier, la couleur appliquée contient des métaux, tels que l’aluminium et le titane. En présence de peroxyde d’hydrogène, ces deux métaux s’oxydent, pouvant ainsi conduire à une décoloration partielle de la carrosserie. La décoloration peut arriver sur des peintures neuves et en une seule nuit !

Les cônes présents dans nos yeux n’étant pas sensibles à la lumière de la Lune et la science n’ayant pas encore répondu à toutes les questions, il était donc normal que nos ancêtres aient conférés ce pouvoir décolorant à la Lune.

Ce ne sont donc pas les rayons renvoyés par la Lune qui, par un tour de baguette magique, vont éclaircir nos draps, mais bien le peroxyde d’hydrogène. Le mécanisme de dissolution est complexe mais peut se produire aussi bien sur du linge que sur des métaux. C’est pourquoi, si vous tenez à la peinture métallisée de votre voiture, rangez-la de préférence au garage les nuits de pleine lune !

Références :

  • Jean-Paul Parsiot, Earth, Moon, and Planets, vol 34 (1986), p 273-279
  • Jennifer A Logan et al, Journal of geophysical Research, vol 86 (1981), p 7210-7254
  • Françoise Suagher, Rapport de l’école de Lyon (1990) Les lumières de la nuit
  • Anh Le-Tuan Pham, Fiona M Doyle et David L Sedlak, Water Research, vol 46 (2012) p 6454-6462
  • Tengvall P, Lundström I, Sjöqvist L, Elwing H, Bjursten LM., Biomaterials, vol 10 (1989), p 166-175

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