Parlons peu parlons Science

A la quête aux sardines et aux anchois en Méditerranée

Par Marion Guillaumin.

Les enjeux économiques sont importants et les scientifiques sont soucieux : en une dizaine d’années la biomasse des sardines et des anchois a été divisée par trois en Méditerranée. Les poissons disparaissent ?

Pour comprendre ce qu’il se passe sous l’eau, des scientifiques et des pêcheurs se sont associés pour établir un protocole rigoureux : le projet EcoPelGal. Ce projet a eu pour objectif d’étudier les fluctuations des stocks de ces petits pélagiques dans le Golfe du Lion durant trois ans. Cela a rassemblé les équipes de l’UMR Marbec (IRD / IFREMER / CNRS / Université de Montpellier) et leurs partenaires l’Université de Gérone et l’Institut Méditerranéen d’Océanologie. Les résultats de cette étude sur trois ans ont été rendus publics la semaine dernière.

Y a encore des poissons dans la mer ?
La biomasse des sardines et des anchois – masse totale des organismes vivants au sein d’un échantillon, d’une aire ou d’une population – a chuté considérablement, de plus de 200 000 à moins de 57 000 tonnes pour les sardines et les proportions s’avèrent similaires pour leurs copains les anchois. Or, le nombre de poissons n’a pas diminué, et a même légèrement augmenté. C’est leur taille qui a été amoindrie, passant de 15 à 11 cm pour les sardines, ainsi que leur accumulation de gras.

A qui la faute ?
Les chercheurs expliquent ce phénomène par une baisse de leur croissance et une disparition des individus de plus de deux ans, c’est-à-dire les plus gros.
L’hypothèse d’un effet de forte prédation des thons rouges a été réfutée puisque leur sélection est indépendante de la taille des proies et que ces petits pélagiques représentent seulement 2% de leur régime alimentaire. Pas suffisant pour leur remettre tout sur la nageoire dorsale.
Bien que des analyses soient toujours en cours concernant un parasite du foie, les résultats actuels ne penchent pas vers une responsabilité d’agents pathogènes vis à vis de cette chute de biomasse.

C’est en étudiant l’alimentation (analyse du contenu des estomacs) des anchois et des sardines que les scientifiques ont donc obtenu l’explication : les proies ingérées sont plus petites aujourd’hui qu’il y a 40 ans.

Euh ouais d’accord mais ça mange quoi une sardine ?
Les petits pélagiques tels que les sardines et les anchois se nourrissent de plancton, d’œufs et de larves de crustacés. Cependant, les changements environnementaux (e.g température, débit du Rhône) entraînent une diminution de la qualité du plancton (carence énergétique).

Bref, les petits pélagiques ont une alimentation moins riche et sont donc moins gras et plus petits. Malgré cette diminution d’énergie, ils se reproduisent davantage : les jeunes favorisent la reproduction au détriment de la croissance ; on parle alors de Trade-Off (compromis évolutif dans l’allocation des ressources entre différents traits d’histoire de vie).

Ces recherches sont essentielles pour comprendre le comportement de ces espèces en raison de leur place centrale dans le réseau trophique (si elles disparaissaient, la chaîne alimentaire serait totalement perturbée voire dégradée : on parle d’espèces en clefs de voûte de l’écosystème). De plus, la pêcherie est largement impactée par cette réduction de biomasse car les sardines et les anchois représentent 50% du marché de la pêche méditerranéenne.


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