Parlons peu parlons Science

Les pigeons pour dépister le Cancer ?

samedi 30 janvier 2016 par Rédaction de Parlons peu parlons Science

Par Timothé Paire.

Depuis le début de l’année, le cancer ne cesse de faire la Une de l’actualité. Toutefois, cette maladie ne touche pas uniquement les célébrités, puisqu’elle constitue la première cause de mortalité en France, avec environ 350 000 nouveaux cas recensés chaque année. Il est donc une des priorités principales aujourd’hui pour les scientifiques, de trouver de nouvelles techniques pour lutter contre le cancer.

La dernière en date : former des pigeons pour détecter les cellules cancéreuses. Incroyable non ? Restez bien assis, on vous explique tout ! {}

Grâce à leur facilité à se repérer et à leur mémoire visuelle, les pigeons ont longtemps servi de messagers avant qu’internet ne les enferment définitivement dans une cage. Les scientifiques ont récemment eu l’idée de réutiliser cet oiseau qui peuple nos villes, mais cette fois pour la Recherche. Une incroyable méthode pratiquée par une équipe de l’Université de Californie dirigée par Richard Levenson, Davis et Edward Wasserman, de l’Université de Lowa a été récemment publiée dans Plos One.

L’entrainement des pigeons : une équipe gagnante.
Leurs travaux ont consisté à entrainer des groupes de pigeons afin qu’ils deviennent capables de détecter les cellules cancéreuses sur des images de biopsies. Ces exercices sont essentiellement basés sur leurs aptitudes visuelles bien supérieures à celle de l’Homme.

Cette capacité n’est pas surprenante lorsque l’on regarde ce qu’il se passe à l’intérieur de leurs yeux : la perception des couleurs est possible grâce aux cônes qui sont des photorécepteurs oculaires. L’homme en possède 3 types différents qui nous permettent de visualiser les 3 couleurs primaires (cyan, jaune, magenta). Ces oiseaux possèdent en plus de ces 3 cônes, un quatrième type de photorécepteur. Celui-ci leur donne en plus la capacité de distinguer les couleurs de très faible longueur d’onde (370 nm) appelées ultraviolets. Ainsi ils peuvent facilement différencier deux objets qui nous paraissent de couleur identique. On dit qu’ils sont tétrachromates. Cela justifie l’utilisation des pigeons comme alternative face à la formation de techniciens médicaux plus coûteuse en termes de temps et d’argent que l’élevage animal.

Ainsi, chaque jour, les oiseaux du laboratoire étaient répartis dans des cohortes bien définies. Selon la répartition, chaque pigeon devait s’entrainer face à des clichés normaux, ou à des images en noir et blanc, soumis à un taux de luminosité variable en fonction du groupe. Ils étaient placés dans une boite de Skinner disposant d’un distributeur de nourriture et d’un écran tactile au centre de la boite, sur lequel les pigeons pouvaient voir défiler des diapositives de représentations microscopiques de coupes histopathologiques, issues de biopsies de tissu mammaire. Grâce à un système de boutons situés sur l’écran, le pigeon n’avait plus qu’à choisir avec son bec si le tissu présenté était malin ou bénin. Un genre de Question pour un Champion version pigeon est né Toutefois, l’argent et les encyclopédies intéressant peu les volatiles, ceux-ci sont uniquement récompensés par des friandises en cas de bonne réponse. Motivant non ?

Rassurez-vous, vous n’êtes pas prêt de voir un pigeon en blouse blanche au bord de votre lit d’hôpital. Même si les résultats de cette recherche sont impressionnants, les médecins possèdent tout de même beaucoup plus de succès à l’exercice. Pour les volatiles, leurs scores oscillent la plupart du temps entre 75% et 85% de réponses correctes et varient selon la qualité de l’image projetée (grandissement, rotation, couleur, noir-et-blanc, compression, contraste, etc.) alors que les médecins remportent largement la manche avec un score bien souvent au-dessus de 90%.

Les Animaux aux côtés des médecins, un avenir pour la science ?
Les oiseaux ne sont pas les premiers animaux à mettre les pattes dans les laboratoires puisque des chiens ont également été dressés pour dépister certains types de cancers. Grâce à leur odorat très développé, la simple odeur de l’urine de patient leur permet de déterminer si les individus sont atteints ou non d’un cancer de la prostate. En effet, le cancer possède une signature moléculaire dont les caractéristiques physicochimiques sont ainsi détectables par cet incroyable flair canin.

Ces recherches nous montrent qu’il ne serait pas impossible de voir d’ici quelques années, Hommes et animaux coexister derrières les paillasses. Il n’est en effet pas interdit de penser que ces travaux soulignent que le combat contre le cancer est une lutte inter-espèces.


titre documents joints

Levenson et al., 2015

30 janvier 2016
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