Parlons peu parlons Science

« Mais bon sang pourquoi je ne rêve pas ? »

mardi 10 novembre 2015 par Rédaction de Parlons peu parlons Science

Par Marion Guillaumin.

C’est la question que se pose Jim, 34 ans, soucieux, face à son bol de café chaque matin. Jim est notre personnage fictif pour cet article. Il est nécessaire de l’indiquer pour éviter toute atteinte à un éventuel Jim réellement tracassé par son impression de rêves absents de toutes ses nuits. Alors Jim, qui que tu sois, ne t’inquiète pas. Ce n’est pas que tu ne rêves pas, c’est que tu ne t’en souviens pas.

La Science tente de comprendre ce Monde abstrait qui est celui des rêves, notamment depuis le développement des technologies telles que l’électroencéphalogramme permettant d’étudier l’activité cérébrale durant le sommeil.

Les études ont permis de déterminer deux types de sommeil : le lent et le paradoxal formant à eux deux un cycle de sommeil.

Le sommeil lent est tout d’abord léger, c’est la phase d’endormissement durant laquelle l’activité du cerveau ralentit progressivement, où le moindre bruit nous fait sursauter et nous réveille. Le sommeil lent devient ensuite profond, le ralentissement de l’activité s’amplifie et le cerveau est de plus en plus insensible aux stimulations extérieures. Le sommeil paradoxal prend la relève ; le tonus musculaire est alors aboli, les yeux bougent sous les paupières (mouvements oculaires rapides), et le cerveau est très actif.

Un cycle de sommeil, c’est-à-dire l’enchaînement du sommeil lent et du paradoxal, dure en moyenne 90 minutes. Une nuit comporte entre 3 et 5 cycles successifs mais ces cycles évoluent. En effet, en début de nuit, le sommeil lent profond est beaucoup plus abondant et se fait plus rare au cours de la nuit. A l’inverse, le sommeil paradoxal, court en début de nuit, occupe une place beaucoup plus grande dans les cycles suivants.


Et on rêve quand ?
Lors d’expériences en laboratoire des individus réveillés au milieu du sommeil paradoxal se souviennent à 85% de leurs rêves, avec un scénario prolongé, élaboré, empli de bizarreries et transmettant des émotions intenses ; résultat amplifié en fin de nuit. En revanche, une personne se réveillant au cours du sommeil lent a 50% de chance de se souvenir de son rêve dont le récit est plus court et plus confus. Pour vérifier si les rêves étaient possibles à tout moment de la nuit, bien qu’ils soient plus intenses en sommeil paradoxal avant le réveil, les chercheurs ont testé les effets d’une suppression par voie pharmacologique du sommeil paradoxal. Résultat : le dormeur rêvait toujours, en sommeil lent.

Donc on rêve plus durant le sommeil paradoxal. Mais tout le monde se souvient de ses rêves ?
Aah Jim, on sait où tu veux en venir. D’après les études empiriques, notamment celles menées par Hall et Van de Castle, les hommes sembleraient plus se souvenir de leurs rêves que les femmes. De plus, les émotions prédominantes dans le contenu des rêves seraient majoritairement négatives. En effet, les chercheurs expliquent que les sentiments de tristesse, d’angoisse et d’appréhension s’introduisent dans nos songes ; 80 % chez les femmes et 77 % chez les hommes versus 53% de sentiments de joie et de bonheur (total supérieur à 100% car un rêve peut contenir un cocktail d’émotions positives et négatives).

Mais alors pourquoi on ne s’en souvient pas toujours ?
Lorsque l’on dort, le cerveau ne peut pas encoder des informations dans la mémoire à long terme, sauf si au cours de ce sommeil on se réveille même très brièvement. Jusqu’en 1976, cette notion n’était qu’hypothèse. Mais depuis, les scientifiques effectuent des mesures expérimentales permettant de mieux comprendre les mécanismes impliqués. Des expériences ont mis en évidence qu’un grand rêveur, c’est-à-dire quelqu’un qui pourrait raconter ses rêves durant deux jours, subi plus d’interruptions du sommeil qu’un petit rêveur (comme toi, cher Jim). Cette quantité d’éveil - qui peut être de très courte durée - plus importante serait donc corrélée à ces intenses souvenirs.

Par ailleurs, un grand rêveur aurait la région cérébrale appelée jonction temporo-pariétale plus active, sachant que cette zone est impliquée dans l’orientation de l’attention avec la stimulation extérieure. En bref, celui qui a tendance à être plus réceptif à l’environnement, qui se réveille donc plus souvent, est aussi celui qui se souvient plus de ses rêves.

Jim, qui que tu sois, une des explications de non-souvenir de ta vie nocturne serait que tes nuits sont non interrompues.


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