Parlons peu parlons Science

Fromage : une drogue ?

mardi 3 novembre 2015 par Rédaction de Parlons peu parlons Science

Par Marion Guillaumin.

Vous le savez sans doute, votre chroniqueuse de la Science en Bref est une accro au chocolat – il se cache dans de nombreux vieux articles – mais son deuxième pêché mignon, accompagné du vin rouge, est le fromage. Malgré les vacances que s’est imposée la rédaction de #3PS, des fidèles lecteurs se sont rués pour la prévenir d’une polémique autour de cet aliment. En effet, la semaine dernière, de nombreux médias ont crié gare au fromage : il serait aussi addictif que la drogue ! Sujet irrésistible pour votre chroniqueuse qui n’a pas pu s’empêcher de chercher les trous dans le gruyère*.

C’est une étude publiée dans Plos One en février qui vient de faire jaser les médias. L’interprétation : le fromage pourrait amener à une addiction aussi forte que le tabac ou la drogue. Really ??

La dépendance est caractérisée par des symptômes tels que la perte de contrôle sur la consommation qui peut d’ailleurs devenir continue. Une telle dépendance est associée à une augmentation de l’impulsivité et de la réactivité émotionnelle. Dans ce contexte, la nourriture semble entraîner des comportements communs avec d’autres troubles addictifs. D’ailleurs, la neuro-imagerie aurait montré des similitudes biologiques entre l’addiction alimentaire et la toxicomanie. En effet, des études démontrent une augmentation de l’activité des régions cérébrales liées à la récompense (i.e le striatum, le cortex orbito-frontal) dans les deux cas de figure.

L’étude scientifique s’est réalisée en deux temps. Tout d’abord, 120 étudiants du Michigan, entre 18 et 23 ans, ont répondu à un questionnaire permettant d’évaluer leur sentiment de dépendance alimentaire (échelle YFAS de 0 à 7 ; plus la note est élevée plus le risque d’addiction est important). Ensuite, ils ont dû, face à 35 photographies de différents aliments (de la crème glacée au bacon tout en passant par les brocolis) indiquer en les comparant deux à deux celui qui leur pose (selon eux) le plus de problème. En bref, est-ce-que vous craqueriez carrément pour du brocoli alors que vous avez de la crème glacée sous le nez ? Cette première étape de l’étude permettait donc de déterminer quels aliments seraient les plus susceptibles à être consommés de manière addictive.

Le deuxième volet de cette recherche a permis à 398 participants de répondre au même questionnaire, puis d’indiquer (toujours face aux photographies) quels aliments peuvent leur poser problème sans les comparer les uns aux autres. Le chocolat ? Oui. Le fromage ? Sûrement. Les concombres ? Addict au concombre ?!...

Le fromage = un rail de coke ?

Pour le premier volet de l’étude, le fromage se tiendrait en 16è position alors que le number one est… le chocolat !! Evidemment.
Ok mais les médias prétendent que le fromage a des effets similaires à la drogue. La deuxième partie de ces travaux démontrent qu’en moyenne les participants se sont sentis plus adeptes à fondre devant une pizza ou une tablette de chocolat plutôt que devant le fromage qui arrive alors en 10è position. Et oui, y’en a qui disent des bêtises…

Ce qu’il faut retenir de cette étude

Le point important de cette histoire est l’utilisation du terme « addiction ». Cette étude s’est penchée sur le sentiment, le jugement du participant à être incapable de résister à un aliment. Cela en fait-il un dépendant conduisant à une altération du fonctionnement ou à une souffrance cliniquement significative ? Et puis, malgré les similitudes détectées par la Science entre une addiction alimentaire et la toxicomanie, une différence persiste : la nourriture active un circuit de récompense en entraînant une libération de dopamine contrôlée alors que la drogue l’influence et augmente artificiellement la sécrétion de la dopamine.

Ce que les chercheurs concluent (réellement) de cette étude est le fait que ce sont les aliments les plus transformés, c’est-à-dire plus riches en glucides et en graisse, qui sont les plus susceptibles à être associés aux comportements addictifs. Pourtant, les hommes sembleraient plus craquer pour des aliments non transformés que les femmes, ce qui amènerait l’idée que les hommes pourraient éprouver un sentiment d’addiction avec un éventail d’aliments plus large. Non, n’allez pas taguer sur les réseaux que #3PS vous dit que les mecs sont plus dépendants de la bouffe que les filles, ce dernier point reste une hypothèse…

*[Oui, on invente des expressions maintenant]


titre documents joints

Schulte et al. 2015

2 novembre 2015
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